Répertoire

Blanca Li a créé en 1993 sa Compagnie de danse contemporaine à Paris, inscrivant depuis treize pièces chorégraphiques à son répertoire.
Elle renouvelle ses sources d'inspirations  à chaque création, recrutant souvent une équipe de création et d'interprètes spécifiquement pensée pour chacun des spectacles.

nana et lila

1993 Nana et Lila, Festival Trans Europe Express (Berlin) et Avignon off.

Créé en avant-première à l’Exposition Universelle de Séville en 1992, c’est un spectacle en deux parties, pour neuf danseuses contemporaines et cinq musiciens Gnawa du Maroc. Pour Nana, j’ai voulu transmettre l’essence du flamenco tel que je le pratique, mais à travers une écriture complètement moderne. Au moment où j’ai chorégraphié cette partie, ma vie professionnelle était tellement stressante que j’ai cherché en contrepoint à installer dans cette pièce un peu de paix et de rigueur.
Lila est née d’une invitation à réaliser une création au Maroc en 1986. J’y ai découvert la musique des gnawa pour ce premier spectacle. Devenue très proche d’eux, j’ai voulu mettre en scène les sensations qui étaient miennes lors des transes dans les Lilas : les femmes qui éclataient en sanglots, en cris ou en rires ; qui dansaient toute la nuit jusqu'à l'épuisement. Des moments de libération où les sentiments les plus intimes jaillissaient de manière incontrôlée. C'était le même épanchement spontané et massif d'énergie émotionnelle que j'avais vécu sur scène en dansant le flamenco, mais dans un contexte totalement différent. Sur scène, la complicité entre danseuses et musiciens est totale.
Ce spectacle regroupe deux esprits différents : le premier, très intérieur, très dur, avec beaucoup de retenue, alors que dans le second, l’énergie explose, le corps se vide. Il reflète deux façons de danser et d'arriver aux mêmes extrêmes. C’est ce contraste qui m’intéresse.

 

Salome

1995 Salomé, Quartz de Brest.

C’est un cocktail explosif de musique classique live, théâtre dansé et ballet, sans négliger l’énergie du cabaret.
Aux sources du travail, il y a bien sûr une multiplicité d’œuvres, de la Bible à Wilde, en passant par Flaubert, Mallarmé ou Huysmans, mais aussi Strauss, Gustave Moreau et Beardsley. Le personnage de Salomé me fascine depuis plusieurs années car au-delà du cliché l’associant à la séduction ou au meurtre, c’est aussi une très jeune fille qui devient femme au terme d’une expérience d’une violence inouïe.
J’ai souhaité mettre en scène son aspect universel et terriblement contemporain à travers les diverses Salomé de ma chorégraphie. Chacune représente un aspect particulier du personnage et de la femme en général, en accord avec la personnalité de chaque danseuse. Cette diversité de Salomé est reprise au niveau des techniques employées. Il s’agit bien sûr de danse contemporaine, témoin de l’actualité du thème. J’utilise cependant beaucoup les techniques flamencas pour leur sensualité, leur violence et leur aspect dramatiques. Enfin, j’ai choisi les techniques du cirque, et plus particulièrement de la corde, pour leur douceur aérienne, leur légèreté mais aussi leur caractère universel et intemporel.
Il en va de même pour la musique. Kœchlin m’a semblé servir parfaitement mon propos, car il s’agit d’un compositeur du début du siècle mais extrêmement moderne. Il aimait la musique comme un mode d’expérience et d’exploration, ce qui est un peu ma façon d’envisager la danse. Enfin, il y a dans son œuvre une bonne part d’énergie et de gaieté, éléments importants du personnage de Salomé, trop souvent représentée selon moi, sous son seul aspect dramatique.

 

Stress

1997 Stress - Pète pas les plombs, Théâtre Jean Vilar de Suresnes.

Créé en janvier 1997 au Théâtre de Suresnes Jean Vilar, ce spectacle pour huit danseuses comédiennes s'inspire de l’utilisation détournée et paradoxale d’objets urbains familiers.
Les danseuses évoluent dans un décor strictement urbain et en utilisent / affrontent les repères dans une tension grandissante résolue par une allègre folie. Peu à peu, l’espace a priori contraignant devient extrêmement ludique.
On retrouve ici l’énergie propre aux créations de Blanca Li ainsi que son goût de la dérision. La danse joue un rôle essentiel mais l’emprunt à d’autres genres en fait, comme toujours chez cette chorégraphe, un spectacle difficilement classable, se jouant des catégories.
Ce spectacle est dédié aux compagnies de danse ou aux artistes privés de moyens, confrontés chaque jour à des contraintes extrêmes, et qui au lieu de désespérer, parviennent à tirer parti de l'absurdité de leur situation pour y trouver la source de leur inspiration: "Pète pas les plombs".

 

Minotaure

1998 Le Songe du Minotaure, Biennale de la danse de Lyon.

Au départ, j’ai eu l’envie de faire une pièce chorégraphiée, de danse pure, mettant en valeur la beauté des corps presque nus.
C’est naturellement la statuaire classique de la Grèce antique qui m’a guidée dans mon inspiration.
En y cherchant les images, les mouvements, j’ai trouvé les mythes, les héros, une approche désinhibée de la nature et du sexe, de la philosophie, de l’humour, et surtout l’esthétique, le sens de la beauté à la racine de toute création.
J’ai ensuite tissé plusieurs thèmes qui m’ont inspirée, le Minotaure et les rituels animaliers crétois de Cnossos, Narcisse, Pygmalion, les Amazones, Athéna, les frises des temples et de la céramique grecque, les festivités dionysiaques, l’amour, la guerre, la naissance olympique du sport.
Pour l’atmosphère, j’ai aussi fait appel à mes souvenirs de paysages méditerranéens, à la lumière aveuglante du midi, au son des cigales et du vent dans les pins.
Pour sa pureté et son élégance, le blanc a été choisi pour les costumes et le décor. Pour la musique, j’ai retrouvé dans l’œuvre de certains compositeurs classiques et modernes l’inspiration hellénique qui a influencé tant de talents contemporains (Satie, Debussy, Fauré, Ravel, Kœchlin, Ted Shawn, Nijinski, Martha Graham, etc.).

 

Zap zap zap

1999-2001 Zap ! Zap ! Zap ! (One woman show), Maison de la Musique de Nanterre, Théâtre de Nice, Théâtre National de Chaillot, Festival France Moves de New York.

Seule en scène. Et pourtant tellement entourée... Pour mettre un terme à la monotonie des spectacles “ vus à la télé ”, Blanca Li invite la télé sur scène. Une pléïade d’artistes, de l’actualité vraie, des interviews rétives à la langue de bois, de l’humour et de l’humeur : ZAP! ZAP! ZAP! est un show téléscénique à l’usage d’une nouvelle génération de téléphages : les spectateurs.
Du retour d’Hilda White, l’égérie des sixties à l’arrivée de Cher Holliday de retour des Oscars, la présentatrice Mona Dorée, que tant de numéros dépassent, tente d’organiser une émission de variétés où Edith Search se prend les socquettes dans les arcanes de la danse contemporaine tandis que Scalopina Irma, la diva milanaise, nous balance un aria déjanté. Les numéros s’emballent, flamenco, GRS, chanson française, jusqu’au moment où ... mais c’est le charme du direct.

 

Macadam

1999 Macadam, Macadam, Festival Suresnes Cité Danse (recréé en 2006 puis en 2011)

Dominé par une rampe de roller, l’univers de Macadam Macadam est celui de la rue, de la jeune génération « street culture », qui s’éclate dans une variété de pratiques de glisse urbaine comme le skate, le roller, le bike, et se retrouve autour de nouvelles musiques et danses, sans cesse renouvelées et réinventées. Talentueuse touche à tout, la curiosité toujours en éveil, la chorégraphe espagnole Blanca Li fait se côtoyer les rythmes hip-hop et le music-hall, la danse et le roller, le bike et l’acrobatie. Allier hip-hop et création contemporaine, proposer une vision pleine de sensibilité et d’humour, pour que les artistes nous transportent par leur formidable énergie et leur authentique plaisir de danser.
A l’heure où le hip-hop, après un travail d’intégration à la scène effectué depuis 10 ans, trouve sa pleine maturité dans l’expression, Macadam Macadam est rapidement devenu une référence du genre.

 

borderline

2002 Borderline, Maison des Arts et de la Culture de Créteil.

Au centre des recherches de l’équipe créatrice de BORDERLINE se trouvent les situations qui interpellent notre conscience au sein du flot continu d’images et d’informations généré par notre société moderne. L'équipe a travaillé sur le thème des frontières au sens le plus large, en s'appliquant notamment à transgresser avec humour la limite entre normalité et folie.
Borderline se veut un reflet ludique et parfois grinçant des excès de la société moderne. Le spectacle interroge avec distance et dérision notre tolérance à la schizophrénie générale du monde d'aujourd'hui, notamment au lendemain des attaques sur le world trade center de NY en septembre 2001.
La chorégraphie elle-même se développe à partir des contraintes imposées par les objets créés par Jorge et Lucy Orta. Dès l'écriture, la création des accessoires et des mouvements s'est faite simultanément. Le thème de la contrainte est décliné transversalement au cours des tableaux de ce spectacle total, structurant aussi bien la matière que le corps, et rythmé par des situations à la fois réflectives et burlesques.

 

al andalus

2004 Al Andalús, ballet en trois parties (Nana, Canciones Populares, l’Amour Sorcier),Opéra de Massy et Festival International de Grenade.

C’est une création très personnelle, qui est comme un concentré de ma relation avec l’Andalousie, et avec le flamenco, cette musique et cette danse avec lesquelles j’ai grandi. J’ai beaucoup voyagé et mon travail a des sources d’inspiration très variées, puisées un peu partout, de Martha Graham aux Gnawas de Marrakech, y compris dans les autres arts. Mais le flamenco revient presque toujours dans mes chorégraphies. Sa présence s’impose. C’est comme un besoin de toujours revenir à cette partie de moi qui correspond à mon enfance, de retourner constamment aux sources mêmes de mon amour de la danse. Les pièces à géométrie variable qui composent Al Andalus sont comme les multiples facettes des visions que m’a inspirées le flamenco à différents moments de ma vie. Elles racontent beaucoup de moi.

 

alame

2004 Alarme, Biennale internationale de la Danse de Lyon. Une succession de vignettes, des instantanés de vie, un collage d’émotions. La vie … comme un film.

Blanca Li s’adonne cette fois à la forme de pièces courtes, composant une mosaïque de petites histoires, des courts métrages chorégraphiés.
La chorégraphe puise son inspiration dans des instants, des images, des objets, des histoires, des musiques, des morceaux d’actualité, toutes ces rencontres imprévisibles qui font le tissu de sa vie quotidienne.
Quelques unes de ces idées donnent ici naissance à des pièces ayant comme titre évocateur Doblepaso, Alarme, Pochette Surprise…
La durée de ces pièces, tout comme leur forme (solos, duos, trios, chorégraphies de groupes…) reflètent la légèreté, la brièveté de ces flashes d’inspiration.
Instants éphémères transcrits avec humour, poésie ou énergie, ils répondent au besoin de donner libre cours à l’inspiration vagabonde de la chorégraphe en dehors des contraintes d’une durée imposée.
De manière inhabituelle, Blanca Li avoue se sentir plus positive aujourd’hui. «J’ai envie de vivre». De fait, le titre « Alarme », vécu à l’origine comme une panique, une sensation d’urgence face au monde en danger s’est modifié, les angles et les pointes se sont adoucis, arrondis. «J’ai envie de me souvenir des belles choses».

 

corazon loco

2007 Corazón Loco, Odyssud (Blagnac) et Théâtre National de Chaillot à Paris.

Corazón Loco permet à Blanca Li de renouer aussi avec le monde du chant après ses débuts chorégraphiques à l’Opéra de Paris. « Je voudrais pour cette création que le travail sur le corps et la voix ne fasse qu’un. Réunissant danseurs et chanteurs, nous explorerons réciproquement les univers de chacun », dit la belle Li. S’inspirant du thème universel de l’amour, « source inépuisable de beauté, sensualité et fantaisie », la chorégraphe a rallié sur scène une équipe de six danseurs, huit chanteurs, l’ensemble vocal Sequenza 9.3 sous la direction de Catherine Simonpietri, et une percussionniste. Quant à la partition originale d’Édith Canat de Chizy, compositrice en vue, Blanca Li la voit comme « un chant choral d’amour, riche de poésie et d’humour ». Et nous promet sur le plateau de l’or un peu partout : la scénographie de Pierre Attrait part de l’idée d’anamorphose avec des parois textiles qui cachent autant qu’elles découvrent. « Un décor sensuel donnant la part belle au corps. » En dire plus serait provocation : Blanca Li n’est jamais vraiment là où on l’attend. Une fois de plus, elle entraîne son public au-delà des songes et du mouvement. On ne peut rêver meilleur(e) guide.

 

poeta

2007 Poeta en Nueva York, Théâtre du Generalife, Jardins de l’Alhambra (Commande du programme Lorca et Granada, Ministère de la Culture d'Andalousie, Espagne).

Ce spectacle s’inspire des poèmes et de l’expérience vécue par Federico García Lorca de 1929 à 1930 à New York, lors de son séjour à Columbia University.
Le spectacle est une évocation du monde intérieur de Lorca, qui se trouve alors immergé dans un univers totalement étranger à son Andalousie natale, à ses thématiques habituelles et à ses points de repère, et qui donnera naissance à son œuvre future. La vague d’émotions provoquées chez le poète par cette ville impressionnante, en pleine crise économique et sociale, donne un côté violent et obscur à sa poésie. L’imagerie de Lorca s’exprime par métaphores dans lesquelles les paysages et les personnages, baignés de symbolisme, opposent la nature et la ville dans un processus passionné pour exprimer son environnement.
Tant la chorégraphie que la musique partent de cet univers lorquien et visent à évoquer plus qu'à décrire. Un groupe de vingt danseurs, d’horizons divers, vont à travers leurs mouvements donner corps aux images et aux mots, et exprimer le souffle du poète. De même, la musique va au-delà des mots à partir de ces deux langages : le flamenco en tant qu’incarnation du poète et de son passé, et le jazz comme reflet émotionnel de la ville qui l’entoure, New York.
Andrés Marín est le fil conducteur de l’œuvre, interprétant le poète lors de sa rencontre avec ce nouveau monde tandis que Blanca Li incarne l’inspiration et les mots qui surgissent dans l’esprit du poète. Un spectacle pluridisciplinaire et passionné, dans un rêve sur Lorca, Grenade et New York réunis.

 

jardin

2009 Le Jardin des Délices d’après l’œuvre de Jérôme Bosch, Festival Montpellier Danse.

J’entretiens une longue histoire avec le « Jardin des Délices » de Jérôme Bosch, une œuvre qui entremêle les règnes végétal, minéral, animal, et qui, au fantastique et à la fantasmagorie des images, allie le réalisme d’une démarche qui quitte l’iconographie classique pour confronter le religieux à une humanité tourmentée.
J’ai toujours été tentée de mettre en mouvement cette expression picturale des agissements et aussi de l’inconscient des hommes, de faire naître une chorégraphie de cette œuvre « sacrilège » où l’enfer se mêle au paradis, le plaisir au vice, et le satirique à la morale, où l’obsession du péché atteint une force inégalée, se nourrit des peurs de l’homme face à la mort omniprésente, et finalement invite chacun à trouver le chemin du salut et d’un monde nouveau.
Le film d'animation réalisé sur l’œuvre de Jérôme Bosch par Eve Ramboz, m’a finalement décidé à sauter le pas et à mettre en scène ma propre interprétation du tableau. Choisissant une esthétique délibérément pop, j'ai situé mon spectacle au sein d'un espace public contemporain, habité d’êtres fantastiques inspirés de notre monde actuel, en parallèle avec les images du tableau. Un lieu de tous les possibles où se croisent des personnages excentriques. Un bal fou et cependant lucide. Où les genres se choquent et se mêlent en se heurtant. La course effrénée au plaisir consumériste, les excès, les vanités, les délices des perversions ordinaires... Un espace où s'incarnent folie, passion, liberté, plaisir, perversions et fantasmes, un lieu où se nouent et se dénouent les contradictions de notre temps. On y fait l'amour, on y mange, on y danse, on y joue de la musique.

 

elektro kif

2010 Elektro Kif pièce pour 8 danseurs electro Festival Suresnes Cité Danse 2011.

Ce spectacle a surgi de mon envie de travailler avec cette nouvelle danse, appelée électro. La première fois que je l’ai vue, il y a quelques années, j’étais assise dans un jardin public lorsqu’un groupe de lycéens est arrivé et s’est mis à répéter cette danse que je ne connaissais pas.
Il y avait quelque chose de très frais, qui ne se rencontre que dans les premiers moments d’une danse qui n’est pas encore arrivée à maturité, dans la passion créatrice des interprètes qui inventent de nouveaux mouvements avec l’excitation de la liberté.
Je savais à ce moment-là que j’étais témoin des premiers balbutiements pleins des promesses d’un nouveau style de danse qui pourrait un jour réunir des danseurs à travers le monde. J’ai su immédiatement qu’un jour, j’aurais envie de créer une chorégraphie à partir de ce moment unique que j’avais vécu.
J’ai donc réuni un groupe de huit danseurs électro, la plupart originaires du Val-de-Marne, où cette danse a fait naître ses premières manifestations.